Souvenez-vous…c’était en 1988 ; et le premier Ninja Gaiden naquit en tant que jeu d’arcade. Dès lors, il fut possible de retrouver Ryu, le ninja vêtu de bleu, sur des consoles telles que la NES, la Famicom, la Sega Master System, la Game Gear, le Game Boy….Seule la NES proposait en 1990 et 1991 des suites du jeu, à savoir Ninja Gaiden II : The Dark Sword of Chaos puis Ninja Gaiden III : The Ancien Ship of Doom. La trilogie sera même réunie sur Super Nintendo dans Ninja Gaiden Trilogy. Il s’agissait alors d’un jeu de plate-forme en 2D.
Le principe était alors assez simple dans le gameplay : avancer jusqu’au bout du parcours (joliment décoré d’ailleurs) en évitant de tomber dans les fosses ou encore de succomber aux attaques ennemies. Pour cela, vous êtes armé de votre ninjatô (lame ninja) et sur le chemin il vous est possible de récupérer de joyeuses armes ninja tels que les shurikens (étoile ninja métallique à 4, 6, 8 voire 10 pointes) ou encore des pouvoirs comme des boules de feu dansant autour de vous. Du côté scénaristique, il y avait de quoi féliciter les concepteurs d’avoir créé une intrigue alléchante, même si le scénario ressemble un peu à ceci : « vous êtes le seul à pouvoir accomplir ma requête, rendez vous à tel endroit et vous serez brieffé plus tard… ».
Un départ pas très convaincant donc mais au bout d’une mission ou deux, le vif du sujet est annoncé et c’est là que l’on se retrouve captivé par le jeu. La Team Ninja, conceptrice de Ninja Gaiden, a également permis aux fans du héros, Ryu, de retrouver ce dernier dans un autre jeu de leur crû : Dead or Alive. Le ninja s’aventure alors dans un des plus célèbres jeux de combat sur Sega Saturn, Dreamcast, Playstation, PS2, Xbox et Xbox 360. Il sera même adapté en animée en 2005 en OAV : c’est pour vous dire l’engouement !
La lignée des Ninja Gaiden connut une évolution spectaculaire en 2004 avec la sortie d’un nouveau volet sur Xbox. On assiste alors non seulement à un passage de la 2D à la 3D mais également d’une génération de jeu à une autre : ce volet mettra en place un arrière plan scénaristique remarquable mêlé à un gameplay qui demandera de l’approfondissement tant en manipulation pour les combats qu’en réflexion pour les phases d’exploration. De plus, suite au succès de cet opus mais aussi aux quelques défauts qui lui ont été attribués, une version remake lui a été octroyée sous le nom de Ninja Gaiden Black, sortie sur la même console que son prédécesseur.
On pourra lui attribuer le mérite de proposer de nouvelles cinématiques, différents niveaux de difficulté ainsi que quelques stages supplémentaires.Il sera néanmoins possible de reconnaître le même scénario de base dans Ninja Gaiden et dans Ninja Gaiden Black : Ryu Hayabusa (le héros) est le descendant du Clan Hayabusa. Ce clan a la charge de garder la fameuse épée Ryuken (ou Dark Dragon Blade), épée maléfique transmise de génération en génération. Ryu, lui, manipule la sœur jumelle de cette lame : la Dragon Sword. Un jour où celui-ci rend visite à son maître Muraï, son village est détruit et le clan Hayabusa décimé par Lord Doku, seigneur de l’empire Vigor, habillé avec une armure de samouraï noire. Ce dernier vole la Dark Dragon Blade, bien que Ryu ait tenté de s’interposer et va même jusqu’à tuer Kureha, amante de notre héros. Le jeune shinobi (ninja) débutera alors une quête de vengeance et de devoir : venger les siens et remettre la main sur l’épée maléfique dérobée à son clan. Ce jeu, développé par Tecmo, conçu par la Team Ninja (et son fondateur Tomonobu Itagaki) offre également des références variées, tant sur le plan historique que fantastique. Aussi il est intéressant de voir de plus près les différents aspects du scénario ainsi que ses origines.
Les ninjas sont des personnages qui apparaissent fréquemment dans les légendes qui ont trait à la culture japonaise, notamment dans les mangas, les films et les jeux vidéo. Pourtant les ninjas ne trouvent pas leurs origines uniquement dans le fictif : ils ont en effet réellement existé et font partie intégrante de l’histoire japonaise. Au départ, les ninjas étaient des espions, des éclaireurs, à la solde des samouraïs. Les premiers ont été recrutés parmi les immigrés invités par l’empereur au cinquième siècle et qui ont formés le clan Hattori. D’autres sont aussi recrutés chez les samouraïs, surtout chez les ronins (samouraïs qui n’ont plus de maître à servir).
On peut donc distinguer plusieurs sortes de ninjas : ceux qui sont attachés à un seigneur en échange de rémunération et ceux qui sont plutôt attirés par l’argent et qui s’investissent souvent dans le banditisme. Beaucoup de ninjas étaient d’anciens samouraïs, le ninjutsu (art ninja) étant également enseigné dans certains dojos fréquentés par les samouraïs.
La vie de ninja commence tôt pour mener un entraînement d’endurance à la douleur, la faim, la température,…de façon à ce qu’ils soient efficaces sur le plan physique. De ce fait, ils sont plus capables que le commun des mortels sur le plan militaire. Au fil des années, les ninjas se sont réunis en clans, qui perdurent par leurs disciples et leurs descendants. Qui plus est, une hiérarchie ninja s’est instaurée. Néanmoins, les méthodes ninjas, qui agissent dans l’ombre, ont été mal vues des samouraïs qui suivent le bushido. Dès lors, les ninjas furent socialement moins voire péjorativement considérés.
Ils sont affiliés aux histoires de meurtres et de trahisons mais aussi au respect de la mission à tout prix. Ryu Hayabusa possède la Dragon Sword tandis que le reste de son clan a la charge de veiller sur l’épée Ryuken. C’est une mission qu’ils mèneront jusqu’à la mort, seule alternative à l’échec de leur mission qui se perpétue de génération en génération. En outre, les tensions entre samouraïs et ninjas se représentent bien par le seigneur Doku qui, pendant l’attaque du village, est habillé en samouraï.
Le bushido (code d’honneur des samouraïs) ayant ses règles propres, le ninjutsu a également ses particularités. L’étude du ninjutsu comprend à ce propos des thèmes tels que le shuriken jutsu (art d’utiliser les shurikens et autres armes semblables), le shinobi iri (le vol, le meurtre l’intrusion) ou encore le cho ho (l’espionnage). Le b.a.ba du ninja est la faculté de se fondre dans l’ombre et dans le silence, tout en possédant des capacités physiques hors du commun et des sens (sensoriels, mémoriels et logiques) affûtés au maximum. Notre héros, Ryu, montrera tout au long du jeu des enchaînements de coups plus spectaculaires les uns que les autres et devra faire preuve de furtivité dans certains cas.
Pour un ninja, il y a des styles de combat à maîtriser, comme les armes (Ryu disposera par exemple de sa Dragon Sword au départ et de quelques shurikens puis sa panoplie s’étendra avec un arc, des nunchakus,…), des jutsu (techniques de combat) et, dans les légendes, le ninpo (sorte de « magie » ninja à base d’éléments le plus souvent). Ryu a d’ailleurs accès à l’utilisation de l’art de l’enfer (maîtrise des flammes), l’art de la glace (pour créer des tempêtes de glace) et de l’inazuma (création d’éclairs). Les parchemins à l’époque des ninjas étaient un peu comme le papier courant, les missions ou les techniques y étaient donc consignées. Dans Naruto, on retrouve cela avec le ninpo (le parchemin servirait à déclencher un sort ou à mener une invocation). Dans Ninja Gaiden, les parchemins servent à collecter de nouvelles techniques. Autre moyen d’augmenter son panel de capacités : les points de karma gagnés lors de missions.
Durant l’aventure, on peut avoir des doutes quant à la véritable place chronologique des épopées de Ryu. En réalité, ces doutes peuvent même subsister depuis les premiers jeux Ninja Gaiden : alors que notre héros, qui est un ninja, combat à coups de katana, il progresse depuis les premiers opus de la série dans des décors modernes tels que des usines,… Ce sont parfois des combats qui reviennent presque à un affrontement entre un katana et un char blindé. Qui plus est, les personnages principaux (Ryu, Doku en armure de samouraï, le maître Muraï,…) inspirent l’idée qu’ils trouveraient bien leur place dans un scénario datant de l’époque Heian (fin du 8ème siècle marqué par des conflits féodaux au Japon).
Muramasa, le forgeron vendeur d’armes, n’a pas un nom choisit au hasard : cela provient du vrai forgeron japonais Muramasa qui vivait au XIVème siècle qui avait pour réputation de forger des lames avec une technique parfaite mais dont les épées seraient imprégnées de son aura maléfique. Sur le point de la temporalité, on peut déduire que les concepteurs ont certainement voulu mettre en scène un ninja qui soit polyvalent au combat, tant contre des semblables shinobi que contre la technologie militaire ou encore contre des démons sur le plan fantastique. Un ninja doit être capable de s’adapter à n’importe quelle situation, d’où le défi pour le joueur compte tenu de la difficulté du jeu.
Une des premières caractéristiques nécessaires au ninja est celle de ne pas prendre en compte la notion de sentiments. Ceci peut effectivement le gêner dans ses missions. Un ninja considère donc qu’il n’a accès ni à l’amitié ni à l’amour. La famille même n’est pas considérée si elle entrave au devoir. Seuls subsistent les rapports de maître à élève ou de chef à subordonné. Dans Ninja Gaiden, les relations entre les personnages sont particulières : au départ, Muraï parle de pouvoir avec Ryu mais se révèle de son coté (puisqu’il est son maître). Pourtant, ils devront s’affronter lors du dernier combat du jeu à cause de cet attrait au pouvoir dont fait preuve Muraï. Autre exemple : Rachel est une chasseuse de démons car sa sœur jumelle en est devenue un. Elle sera pourtant hésitante au moment de porter le coup fatal (qu’elle ne portera pas). On a ainsi affaire à un aspect tragique dans ce scénario de magie et d’affrontements. La réalisation n’en est que plus belle et le scénario réussi.
Malgré le fait qu’un ninja n’a, à priori, pas la préoccupation de l’amour, Ryu fait plutôt le portrait d’un vrai tombeur : on apprend dès le début de l’histoire qu’il a une amante, Kureha, mais qui sera tuée par Lord Doku. La mort de sa dulcinée a d’ailleurs contribuée à sa rage vengeresse qui l’a poussé à mener sa quête de vengeance. On peut voir cela comme une sorte de désillusion dans le sens où le ninja est éduqué pour ne pas se fier à l’amour, préférant l’ombre et la solitude. C’est alors que le bouleversement causé par le décès de Kureha le met dans un état de rage mais également de regret et d’amertume.
Après avoir passé une bonne partie de l’aventure avec Rachel, ils se fixent l’un l’autre lors de la scène finale. On pourrait presque déceler dans leur regard un fond sentimental réciproque. Or Ryu utilise à ce moment là un sort pour partir. Même si un amour s’était vraiment créé entre ces deux personnages, il n’en reste pas moins que d’une part, c’est un ninja qui doit donc par définition préférer la solitude mais qui d’autre part a déjà connu une déception amoureuse telle une cicatrise qu’il portera toujours en lui.
Le jeu Ninja Gaiden commence et suit son cours en étant mené par une chose : la quête de vengeance. Ryu a en effet vu son village détruit, son clan décimé, sa bien-aimée tuée, la mission de son clan (protéger la Dark Dragon Blade) échouée et enfin, il s’est fait vaincre par celui qui a causé tous ces torts : Doku. C’est un départ assez amer pour notre héros et c’est à la fois sa colère mais aussi l’atteinte portée à son honneur et à celui du clan Hayabusa qui va le pousser dans l’aventure. C’est alors une question d’honneur pour lui que de se venger mais c’est aussi un devoir que de retrouver l’épée maléfique dérobée. D’ailleurs, Rachel, qui poursuit les démons pour retrouver sa sœur, mène elle aussi une sorte d’épopée vengeresse contre les démons et les ténèbres auxquels sa sœur a succombé.
« La vengeance d’un ninja ne coule pas que dans son sang, elle nourrit aussi son âme…»
Ryu Hayabusa.
Tel un samouraï qui devient un rônin pour servir sa propre cause, Ryu va alors se « nourrir » de cette haine vengeresse pour combattre. Reste alors une éternelle question sur le thème de la vengeance : Si l’on se consume totalement pour se venger, que reste t-il une fois que l’on a assouvi sa vengeance ? Ce thème se retrouve aussi dans Naruto lorsque Sasuke va rejoindre les forces du mal pour gagner la puissance nécessaire afin de se venger de son frère, sachant qu’après cela il fera office de sacrifice.
Lorsque Ryu rend visite à son maître, Muraï, celui-ci lui parle du pouvoir et de la convoitise du pouvoir. Or, si au début il semble que Muraï soit du coté de Ryu, il n’en est pas moins qu’à la fin du jeu il devient le boss final muni de l’épée maléfique. Ryu lui-même est influencé par cette épée. Mais du point de vue des ténèbres, on a en réalité un aspect omniprésent dans le jeu : dès le départ, c’est un être en armure noire, Doku, dont le visage est dissimulé, qui détruit le village. Ensuite, on remarque la multiplication et la diversification des démons (avec Rachel notamment). On retrouve la jumelle de Rachel devenue démon, après quoi Ryu tend de plus en plus à en devenir un. Une fois ce cap passé, on se rend compte que Muraï lui-même a cédé à la tentation du pouvoir et des ténèbres pour devenir à son tour un être maléfique.
Ces tendances aux ténèbres peuvent être particulières pour chacun : Ryu est non seulement influencé par la Dark Dragon Blade mais il est aussi poussé par la colère, la haine, l’esprit de vengeance et c’est cela qui le mène à changer peu à peu. Pour la sœur de Rachel, c’est une faiblesse ou une tendance naturelle qui l’a fait submerger par le mal. Doku, lui, est un être purement maléfique à la base. Enfin, Muraï qui ne se sentait pas concerné par les épées des dragons va finalement voir grimper en lui une poussée du mal contre laquelle il ne pourra au final pas lutter car la tentation du pouvoir est trop grande. L’inclinaison vers les ténèbres de Muraï est une forme de trahison envers Ryu qui est son disciple, ce qui entre dans le domaine du monde ninja. Notons aussi qu’au final, c’est la Ryuken qui est au cœur de tout cela : elle représente également un danger pour le monde.
Dans la culture asiatique, le dragon est une créature mythique qui possède des particularités extraordinaires. Rien d’étonnant à ce que les dragons soient le symbole des deux sabres clef de l’histoire. En effet, ces sabres sont eux aussi porteurs d’un symbole : la lutte du Bien contre le Mal. L’incarnation du mal se retrouve bien parmi les nombreux ennemis de Ryu : les démons, Doku, Muraï, et même Ryu lui-même puisqu’il change peu à peu sous l’influence de la Dark Dragon Blade. Il ne s’agit pas d’un simple affrontement entre le Bien et le Mal, c’est aussi une sorte d’omniprésence des ténèbres avec un lueur d’espoir qui s’incarne dans la Dragon Sword et son porteur, Ryu. Voila qui clôture cet opus du jeu. Reste à attendre le très prometteur Ninja Gaiden Sigma qui devrait voir le jour sur la Playstation 3 vers la fin de l’année 2007 si tout se passe bien...