L’anime Naruto connaît un véritable succès depuis plusieurs années au point d’être décliné sur tous les supports, dans tous types de jeux. La PS2 donne l’exemple en disposant de deux séries d’adaptations : une première, Narutimate Hero, propose des combats cel-shadés ninja contre ninja. Mais c’est la seconde qui nous intéresse, Naruto Uzumaki Ninden. Initiée en août 2005, il s’agissait cette fois d’un beat’em’all qui n’avait pas réussi à emballer son public. Aujourd’hui, Konoha Spirits prend la relève en tâchant d’éviter les écueils pris de plein fouet par son aîné.
Avant la sortie d’Uzumaki Ninden, Narutimate Hero 2 avait tenté d’introduire des éléments d’histoire afin d’augmenter la durée de vie du jeu. Cela s’était alors traduit par un enchainement de dialogues menant inlassablement à des combats, et n’avait pas suffit aux fans. La sortie d’Uzumaki Ninden permettait d’espérer un renouveau, qui n’avait finalement pas eu lieu.
Konoha Spirits décide d’assumer la ligne directrice entamée par le volet précédent, en proposant une série de missions (jouables en solo, ou à deux) dans lesquelles notre blond en combinaison orange préféré cassera de l’ennemi jusqu’à plus soif. Cette fois, ses différents partenaires sont réellement jouables et ne se limitent plus au rôle d’auxiliaire : selon les missions, l’équipe est composée d’un à trois personnages, parmi lesquels on bascule à la pression d’une touche.
On retrouve ainsi une dizaine de ninjas (certains rarement jouables) qui viendront prêter main forte au héros de la série. Chaque personnage dispose d’une palette de coups relativement variée, reposant sur un système de deux coups classiques, deux jutsu utilisant du chakra, et, pour certains, d’une transformation (Kyubi pour Naruto, Ouverture des portes de Chakra pour Rock Lee…). Le système à trois personnages est l’occasion de développer un côté RPG puisant son inspiration à droite à gauche : on retrouve un principe de sphères à collectionner en abattant des ennemis pour booster ses capacités, à la Devil May Cry. Un inventaire (potions de vie, de chakra, etc.) permet de stocker les achats effectués en ville. Chaque personnage dispose également d’un espace plus ou moins grand dans lequel on peut affecter des power up. Cela apporte une richesse toute relative au gameplay qui, nous allons le voir, n’est pas si renversant que cela.
Le déroulement des chapitres est très simple. Une carte du monde apparaît, avec une zone cliquable sur laquelle le personnage se rend pour effectuer la mission. Sur le chemin, des combats aléatoires interviennent. Finalement, à part la quantité d’ennemis, peu de choses distinguent combats aléatoires et mission en elle-même : les missions incluent très rarement des énigmes, votre matière grise sera ainsi épargnée. Au pire, Naruto peut envoyer ses Kage Bushin enquêter et lui indiquer quel chemin prendre pour continuer. On se retrouve donc à casser de l’ennemi sans saveur, sans rythme, et sans enjeu. Les missions se voient parfois ponctuées d’un boss, dont la difficulté est bien trop faible, et qui ne nécessite, pas plus que pour ses sbires, une tactique particulière.
Amis du button mashing vous êtes les bienvenus, préparez vous à bourriner le bouton carré (attaque) de votre manette car le jeu ne récompense pas la tactique, ni l’esquive… De plus, l’intelligence des ennemis est plus qu’artificielle. On se retrouve à privilégier des personnages bourrins comme Naruto (spécialiste dans le nettoyage d’écrans bourrés d’ennemis grâce à son Rasengan ou à sa technique de clonage) ou Rock Lee (plutôt efficace contre les boss). Ainsi les très légères différences entre les personnages sont inintéressantes à exploiter. La jouabilité est très variable. Pour peu que le jeu vous amène dans des phases de plates formes, à sauter d’un engrenage à l’autre dans une salle des machines d’un clocher par exemple, vous aurez besoin de précision et de patience ! En revanche, dans les scènes de combat, la jouabilité est très simple donc fatalement, bonne.
Une fois la crampe au pouce à la fin des missions, on retourne au village Konoha (en retombant sur des combats aléatoires) pour parler au chef Hokage à la… respiration la plus développée, j’ai nommé Tsunade, qui briefe sur la mission suivante et affecte les nouveaux personnages de l’équipe. Un tour au magasin et au level up, puis on repart. Le jeu est très, très, linéaire, et les dix derniers chapitres sont un long et fastidieux chemin vers le vague sentiment de fierté d’avoir terminé le jeu, en quatre ou cinq heures. La difficulté se corse brusquement vers les derniers chapitres, plus frustrants encore que les premiers.
De surcroît, le jeu propose également une quête alternative, Kakashi Gaiden, qui n’apporte que des missions supplémentaires dans la peau de ce dernier, déjà utilisable dans la quête principale. L’intérêt frise donc le néant. Un versus est également accessible, faible compensation face à une bonne partie d’un Narutimate Hero. Enfin, des missions selon différents « rangs ninja » permettront aux plus courageux de passer un peu plus de temps sur le jeu.
Une des clés de la réussite d’une adaptation d’anime réside dans sa capacité à plonger le joueur dans l’esprit de la série. Après des Narutimate Hero très réussis sur ce plan, la barre était placée très haut pour Konoha Spirits. Là encore, le jeu échoue en proposant une direction artistique un cran en dessous : l’habillage graphique, bien qu’assez fidèle, est plus pauvre et moins « funky » que celui de ses rivaux. La musique, bien que répétitive d’un écran à l’autre, reprend bien l’univers de l’anime.
On peut regretter des effets sonores très lassants, probablement à cause du côté bourrin du jeu. En ce qui concerne les graphismes lors des phases de jeu, le constat est très mitigé. Alors qu’un souci du détail très relatif a été apporté aux héros, les ennemis sont assez anonymes, modélisés de manière assez sommaire et leur animation reste passable. Les décors sont médiocres en extérieur, lassants et répétitifs en intérieur. Il arrive de tomber plusieurs fois dans un même environnement d’une scène à l’autre… Bug ? Paresse de level designer ? Enfin, point non négligeable, la 3D non cell shadée rend honteusement hommage à la série.
Alors que la version GC avait réussi à représenter les personnages très simplement, tout aussi bien que la série des Narutimate Hero en accentuant l’aspect manga : représentant ainsi les ombres sous formes de trame, et en instaurant un rendu cell shading très intéressant graphiquement, le rendu de Konoha Spirits, lui, est terne, assez fade et manque de profondeur.
Vous, joueur occasionnel, passez votre chemin. Si vous cherchez un bon beat’em’all, orientez vous plutôt vers un God Hand, qui saura rassasier vos envies de gameplay bourrin et technique à la fois. Vous, fan inconditionnel de Naruto, contentez vous de Narutimate Hero pour vos envies de Naruto…
Les points positifs
Bourrin… !
Les points négatifs
…Bourrin.